Kamouraska : une signature paysagère unique

Le paysage est une porte d’entrée vers la réflexion du territoire, disait Gérald Domon. Il englobe non seulement les caractéristiques visibles d’un territoire mais comprend aussi toutes les interactions entre l’activité humaine et l’environnement. Les paysages sont des systèmes évolutifs. Ils se construisent au gré de l’adaptation aux conditions naturelles, de l’apparition de nouvelles technologies et de la ferveur relative de modes et de tendances idéologiques. Le paysage est en somme une grande œuvre collective représentant concrètement la culture du territoire.

Les monadnocks : un repère visuel unique

Au Kamouraska, les monadnocks constituent un repère visuel bien de chez nous. Ici et là, on perçoit d’ailleurs bien des noyaux villageois venus il y a très longtemps s’y abriter cherchant en toute logique à profiter de la protection offerte par l’élévation de ces affleurement rocheux. Unique et reconnu depuis des siècles, le paysage constitue sans l’ombre d’un doute notre principal atout de territoire, notre image de marque. En somme, le Kamouraska détient sa propre signature paysagère…

Un paysage disposé en terrasses

L’accessibilité et la vue panoramique qu’offrent les paysages disposés en une succession de terrasses sont indéniablement appréciées du point de vue touristique. Mais avant tout, le territoire est largement façonné par l’agriculture. Profondément enracinée dans l’histoire, le mode de vie et l’économie de la région, l’agriculture a passablement qualifié et déterminé ce que le paysage est devenu aujourd’hui. Intensément cultivées, la plaine et les terrasses du piedmont forment un immense tapis de verdure ponctué de collines rocheuses, de hameaux et de villages. Ces espaces sont marqués par de vastes terres agricoles de forme allongée, héritage du régime seigneurial, et par la présence d’imposants bâtiments agricoles en saillie. Si la majeure partie de la plaine et du piedmont se distingue par la prédominance des activités agricoles, le paysage y est plus homogène en terme d’utilisation du sol, les boisés étant épars et confinés aux collines rocheuses. Les producteurs de cette aire dynamique bénéficient généralement de revenus relativement élevés, ce qui favorise des efforts soutenus de mise en valeur. Cependant, lorsqu’on se dirige vers l’intérieur des terres vers les plateaux agroforestiers et forestiers, l’utilisation du territoire diffère. L’occupation humaine devient ainsi plus dispersée et l’agriculture, nettement plus disparate, cède la place à la forêt. Il s’agit alors d’une vaste zone où l’extraction des ressources, les activités de villégiature, de plein air, de chasse et de pêche prédominent et dont le potentiel multifonctionnel est une voie d’avenir. La caractérisation des paysages d’ici effectuée par Ruralys, un centre d’expertise et d’animation en patrimoine localisé au Kamouraska, distingue en tout sept grandes familles paysagères où prédominent certains éléments naturels ou humanisés.

Un atout économique et touristique qui inspire notre créativité !

Le paysage du Kamouraska représente assurément une force économique pour les gens d’ici et un élément phare en matière touristique. Fortement évocateur pour les urbains et visiteurs, le vocable «Kamouraska» bénéficie d’un capital symbolique évident. On qualifie aisément le paysage kamouraskois comme étant unique, paisible où convergent la mer, la plaine et la montagne; desquels en émergent un cadre et une qualité de vie supérieure. Cette homogénéité et stabilité culturelle se traduisent notamment par un fort sentiment d’appartenance et par un profond attachement au patrimoine culturel et naturel de la part des Kamouraskois. Les efforts de sensibilisation, de préservation, et de mise en valeur de l’environnement et du patrimoine bâti, ainsi que l’existence de plusieurs centres d’interprétation à caractère historique en témoignent. Nombreux sont les artistes qui habitent le territoire et se disent inspirés par la qualité de cet environnement. Certaines manifestations artistiques puisent à même le paysage pour initier des événements mettant en valeur les constituantes uniques du paysage. Les activités de Land Art, où la population et les artistes créent des motifs dans les champs pouvant être observés notamment du sommet des monadnocks en sont des exemples (photo ici-haut).

Si le paysage fait partie intégrante du potentiel naturel et culturel du Kamouraska, il exerce très certainement un pouvoir d’attraction, voire même de séduction, auprès des nouveaux arrivants. Son importance pour la dynamisation du territoire lui confère cependant un statut particulier où sa fragilité demeure l’objet d’une surveillance constante. Les nombreuses études sur le sujet réalisées au cours des dernières années soulignent en effet l’importance de cette conservation. En raison de l’évolution rapide du territoire rural au cours des dernières décennies, le paysage connaît d’importantes mutations pouvant parfois menacer son caractère distinctif. C’est notamment dans le but de sensibiliser les différents intervenants à cette problématique et faire en sorte que les futures actions posées favorisent la conservation du paysage qu’une chartre du paysage du Bas-Saint-Laurent a été élaborée sous l’initiative de la Conférence régionale des éluEs (CRÉ) du Bas-Saint-Laurent par Ruralys, en collaboration avec les différentes MRC et les différents intervenants du milieu.

Une MRC gardienne de ses paysages

Fils électriques enfouisDans ce contexte, la MRC de Kamouraska a identifié certains paysages d’intérêt régional dont des corridors panoramiques ainsi que certains sites ponctuels offrant des perspectives visuelles remarquables. Ces corridors sont un élément clé du paysage. Il s’en dégage des perspectives visuelles marquantes en regard par exemple de la trame bâtie et architecturale et des vues sur le fleuve. À cela s’ajoute aussi quelques petits tronçons de routes beaucoup moins fréquentés, mais qui présentent typiquement le paysage Kamouraskois. On pense nommément au chemin du quatrième rang de Saint-Pacôme à Mont Carmel, le chemin Mississippi de Saint‑Germain à Saint-André, le chemin de la petite anse de Rivière Ouelle à Saint-Denis, la route de Saint‑Onésime, de même que le secteur du rang de l’Embarras à Kamouraska. Outre ces corridors, plusieurs secteurs offrent aussi des paysages d’intérêt régional. À titre d’exemple, les secteurs de la Pointe de Rivière Ouelle, le sentier des cabourons à Saint-Germain, de même que les environs du Lac de l’Est offrent des points de vue caractéristiques du paysage kamouraskois et sont une fierté pour les municipalités où ils se trouvent. 

Coucher de soleilProactive en matière de paysage, la MRC de Kamouraska a convenu d’adopter au fil des ans certains règlements de contrôle intérimaire (RCI) et quelques normes visant à le protéger. Ces règlements permettent par exemple de circonscrire à des endroits précis sur le territoire l’implantation de parcs éoliens et le déboisement nécessaire qui leur sont associé. De même, la préservation des monadnocks est assurée depuis 2010 par la mise en place d’une règlementation relative à l’exploitation des carrières. Enfin, la MRC incite les municipalités et les intervenants du milieu à mettre en place des projets structurants tels que l’aménagement de points d’intérêt rendant le paysage plus accessible, le recyclage de bâtiments, de terres et terrains abandonnés, l’implantation d’écrans visuels, la promotion de programmes de rénovation, d’embellissement et de plantation d’arbres, l’amélioration de la démarcation des abords de la route ou encore la relocalisation ou l’enfouissement de fils électriques tel que réalisé à Saint-André-de-Kamouraska (photo ici-haut).

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